Georges Quiclet



Georges Quiclet fut un des fondateurs de la JOC française.

Voici son témoignage sur les origines de la JOC en France.




INTRODUCTION

13 ANS de J.O. C.

par Georges QUICLET

Président fondateur de la J.O.C. française

1926. - Clichy, ville ouvrière de la banlieue parisienne, nous sommes des centaines de jeunes travailleurs perdus dans nos rues, nos maisons ouvrières, dans nos usines et nos bureaux, milieux déchristianisés dans lesquels nous subissons toutes sortes de misères morales et matérielles ; c'est notre lot à nous les jeunes travailleurs, nos pères y ont passé nous avons vraiment une impression d'infériorité, nous nous sentons impuissants a réagir contre le matérialisme qui règne en maître.

Des ouvriers chrétiens !.. Pour ma part, ayant travaillé dans différentes usines, chocolaterie, imprimerie, mécanique automobile, j'avoue n'en avoir jamais rencontré, il en existait peut-être mais le respect humain régnant nul n'osait se confier.

A l'usine, seul chrétien, dans ma maison ouvrière seul chrétien, dans les oeuvres paroissiales, peu de jeunes ouvriers, quelques employés, petit noyau au regard des milliers de jeunes travailleurs de notre cité.

Les prêtres dévoués qui dirigeaient l'oeuvre s'ingéniaient a nous préserver, on fit venir des conférenciers des Equipes Sociales, des jeunes de la classe bourgeoise venaient très simplement mettre à notre portée les connaissances que nous n'avions pu acquérir. Nous écoutions sagement et nous leur prouvions toute notre reconnaissance en pensant que nous ne pourrions jamais faire comme eux, prendre la parole, diriger une discussion en un mot devenir des chefs, nous manquions d'instruction, de confiance en nous-mêmes.

Malgré tous les efforts de ces prêtres dévoués, la persévérance était inexistante - sur 250 à 300 enfants de la Première Communion, nous restions environ 10 fidèles à l'âge du service militaire, les autres nous avaient quitté au moment de l'entrée au travail - c'était le point faible. Que faire pour y remédier ?

Je tentais de remonter la section syndicale composée en partie d'employés et je réussis petit à petit à recruter une centaine de membres dont environ 30 ouvriers. Parmi eux un ajusteur, un camionneur et un petit employé, nous essayions de rendre les réunions intéressantes sans toutefois y intéresser les jeunes... nous n'avions pas la formule.

Un soir de 1926, je me trouvais à la Conférence St Vincent de Paul et 1'on me présenta un jeune prêtre nouvellement ordonné et dont le premier poste fut Clichy, noua fîmes rapidement connaissance et ensemble nous travaillions de notre mieux à la diffusion de l'idée syndicale.

Le soir après notre travail nous aimions à nous retrouver ans sa modeste chambre de vicaire et lui causer de nos préoccupations concernant la jeunesse salariée.

Nous essayâmes de réunir à nouveau quelques jeunes travailleurs le dimanche après midi, en les intéressant à ces problèmes, mais sans grand succès, nous n'avions pas encore la formule ... nous n'étions plus que quatre, l'ajusteur, le camionneur, le petit employé et moi-même.

Un soir l'abbé Guérin nous communique une revue de Belgique, organe d'un mouvement de jeunes travailleurs. Entre eux, par eux, peur eux ce fut une découverte - dans cette revue une publicité - pour le manuel la J.O.C. L'abbé Guérin se la procura et nous décidons d'étudier ce manuel à quatre autour de notre cher abbé.

Les petites enquêtes sur notre milieu nous révélèrent que le problème se posait de même pour la jeunesse ouvriers de notre pays. Manque de préparation au travail, immoralité, le Christ méconnu dans notre classe ouvrière. L'abbé Guérin avait en nous la matière vivante d'un premier cercle d'études jociste.

Nous étions en octobre 1926 - il fallait communiquer notre idéal à d'autres jeunes travailleurs et nous décidons d'organiser une première réunion de masse, en vue d'atteindre des jeunes qui avaient abandon toute pratique religieuse dès l'entrée au travail. Nous utilisons des listes de catéchisme des 3 ou 4 années précédentes. 700 convocations furent lancées à Clichy. On prépara de notre mieux un local et l'on attendit avec émotion... Combien viendraient-ils ? Quelle fut notre joie lorsque nous vîmes arriver 70 jeunes travailleurs, certains leurs parents ouvriers aussi, en tenue de travail... nous n'étions pas habitués à voir cela dans une oeuvre. Alors, sans phrases, un de nos camarades exposa le désir des jocistes de Clichy, leurs résolutions, leur programme, de suivre l'exemple de leurs frères de Belgique, près d'un an nous lancions chaque mois, des centaines convocations pour une réunion de masse et chaque fois des jeunes travailleurs étaient conquis.

La petite chambre de l'abbé Guérin, notre premier secrétariat, était depuis la sortie du travail une ruche vivante, nous avions groupé un petit noyau de militants et le soir jusqu'à minuit, quelquefois une heure du matin, nous travaillions de tout coeur aux convocations, enveloppes, cercle d'études, confection d'un petit journal qui nous tirions a la pâte à copier et dont les articles étaient l'oeuvre le jeunes travailleurs eux-mêmes, sous la direction patiente, douce du cher Abbé Guérin. Notre journal qui fut la première « Jeunesse Ouvrière » s'intitulait crânement « Bulletin de la Section Française de J.O.C ».

Je me souviens toujours d'une réunion de masse à laquelle Monsieur le Chanoine, Gerlier, sous directeur des Oeuvres, aujourd'hui Primat des Gaules, était venu encourager nos jeunes camarades. Une de ses phrases nous émut profondément. « Vous êtes le point de départ d'un grand mouvement ». . Cette parole, alors que nous n'étions qu'une poignée de militants nous redonna du courage et nous aida à réagir contre les incompréhensions de ceux qui auraient du nous aider et les brimades du milieu de travail.

Cette action de milieu que les militants commençaient à réaliser dans la famille, au bureau, à l'usine, amena d'abord de l'étonnement...

De quoi... des ouvriers qui se disent chrétiens !.. des apprentis qui affirment crânement leurs origines.. cela ne s'était jamais vu. De l'avis des anciens, la religion était une affaire pour les femmes et les enfants cela expliquait en partie, l'abandon de la pratique religieuse dès l'entrée au travail. Qui dira assez les sacrifices de nos jeunes ouvriers qui subirent les brimades du début pour affirmer leur foi dans la religion du Christ.

L'Abbé Guérin faisant partie d'un groupe de jeunes prêtres leur faisait part de l'expérience de Clichy et amorçait des contacts avec d'autres oeuvres de Paris ou de la banlieue ; c'est ainsi que certains soir nous partions à Belleville ou ailleurs, à 2 ou 3. Le prêtre avait réuni quelques jeunes travailleurs et très simplement nous exposions les misères de notre jeunesse ouvrière et les remèdes qu'apportait la J.O.C.

La Belgique suivait avec grand intérêt l'expérience de Clichy. Un dimanche soir nous vîmes arriver le cher Abbé Cardyn et le Président Général de la J.O.C. Belge, Fernand Tonnet - venus nous encourager, n'étions pas seuls, nous avions avec nous les milliers de jocistes belges, fondus dans un même idéal, une même J.O.C.

Une petite délégation de la section française de J.O.C. participa à la semaine d'études de la J.O.C. à La Louvière.

Des contacts furent pris avec le Nord - Lille à Roubaix - Tourcoing suivirent rapidement l'exemple de Clichy.

Un soir, un autobus complet, garni de jocistes se rendit joyeusement à un premier rassemblement parisien qui se tenait dans une tour de l'Eglise St Gervais. En arrivant nous écoutons pour la première fois les accents du chant jociste clamés par une centaine de voix enthousiastes. Nous avions senti en cet instant cette impression de force d'un grand mouvement - nous nous retrouvons serrés les uns contre les autres dans cette salle joyeuse - chants, consignes, telle fut la première réunion fédérale de la J.O.C.

En avril 1927 eut lieu l'affiliation de la section de Clichy. insignes, cartes, bulletins d'adhésion fournis par nos amis de Belgique. Le mouvement jociste prenait corps. Déjà dans notre région parisienne et le Nord, de jeunes chefs se levaient dans notre Jeunesse ouvrière ; nous avions conscience que la classe ouvrière ne serait sauvée que par des chefs issus de son sein, vivant les mêmes problèmes, les mêmes difficultés.

De toute la France l'on vint à Clichy assister aux cercles d'études. Lyon, Marseille, etc. De nouvelles sections furent créées et le contact était gardé avec Paris.

En juillet 1927 se tint la première journée d'Etudes Jocistes. 20 quartiers de Paris et de sa banlieue étaient représentés par 200 militants - journée de travail et d'enthousiasme - Discussions animées. Nous étions entre jeunes travailleurs ayant un même langage, grande simplicité dans les rapports et les interventions et pour finir la parole ardente de celui qui devait devenir l'Evêque de Lourdes, puis 11 Archevêque de Lyon, S.E. le Cardinal Gerlier, à qui la J.O.C. française doit tout. Nous ne pouvons oublier l'aide, les conseils et les encouragements qui guidèrent nos premiers pas.

Juillet 1927.- Pour la première fois le journal paraît imprimé et voit son tirage monter à 3.000 exemplaires - des journées d'études dont organisées en province, des fédérations régionales se crééent.

Octobre 1927 - « L'Equipe Ouvrière » bulletin des groupes ouvriers de l'A.C.J.F. devient le bulletin des militants de la J.O.C. à la suite d'un accord passé dans l'amitié et la mutuelle compréhension avec cette grande association.

La J.O.C. est représentée au comité général de l'A.C.J.F. et travaillera en collaboration pour l'extension du règne du Christ dans les différents milieux sociaux.

Le 13 novembre 1927 Grand congrès â Clichy sous la présidence de S.E. le Cardinal Dubois. Ce fut un triomphe - l'autorité religieuse encouragea pleinement notre mouvement. La J.O.C. avait droit de cité.

1928 - J.O.C. Belge et Française se développent dans l'unité la plus parfaite - il n'y a qu'une J.O.C.: celle de M. Cardyn.

Dans les bureaux je travaillais une jeune fille militante du syndicat chrétien s'intéressait fort au départ de la J.O.C.; je lui passai le journal et l'encourageai à tenter quelque chose parmi ses compagnes. Nous adaptons nos enquêtes ; pendant quelques mois cette expérience se poursuit. Cette jeune fille, Jeanne Aubert, est en contact avec l'Abbé Guérin et le 22 février 10 jeunes ouvrières signent leur bulletin d'adhésion et constituent à Clichy la première section de J.O.C.F. aura son journal imprimé en juin et commence par un tirage de 1.200 exemplaires.

En novembre 1928, J.O.C. tient sa première semaine d'Etudes et son Congrès National sous la présidence de S.E. le Cardinal Dubois. 3.000 jeunes travailleurs acclament la J.O.C. - Appel émouvant de M. Cardyn qui fait prendre l'engagement par les jocistes de rendre la classe ouvrière au Christ.

Le Secrétariat de la J.O.C. modestement commencé dans la chambre de l'Abbé Guérin à Clichy, puis dans une cour du Boulevard Raspail à Paris se fixe au 7 de la rue St. Vincent, à l'ombre de la Basilique du Sacré Coeur de Montmartre.

1929 - Deuxième semaine d'Etudes à Issy les Moulineaux avec 1100 militants venus de toute la France.

Première semaine d'Etudes de la J.O.C.F. à Vanves avec 250 participantes.

1930. - La J.O.C. compte 42 fédérations de J.O.C., 24 fédérations de J.O.C.F. ensemble elles atteignent environ un effectif de 25.000. Le journal bi-mensuel de la J.O.C. tire à près de 100.000. Celui de la J.O.C.F. à 40.000. « L'Equipe Ouvrière » tire à 5.100 et « l'Equipe Féminine » à 1.400. Un journal spécial pour les préjocistes « Mon Avenir » tire à 8.000.

En septembre, grand Congrès du Trocadéro avec plus de 5.000 jocistes venus de tout le pays.

Dès lors la J.O.C., devient par ses effectifs et son influence le mouvement le plus représentatif de la Jeunesse salarié. Les années difficiles, les années d'incertitude aussi, sont maintenant passées. Elles furent pourtant très douces à mon cœur et c'est toujours avec émotion que je les évoque.

Ce que nous avons semé dans la peine, puisse notre classe ouvrière, le moissonner dans l'allégresse du Christ retrouvé.

Georges Quiclet


SOURCE: 1927-1939: Jocisme français (Rapport préparé pour le pèlerinage à Rome 1939 (annulé à cause de la guere))



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